La Commission européenne dévoile sa stratégie pour soutenir le déploiement à grande échelle des énergies marines renouvelables

Le 19 novembre 2020, la Commission européenne a publié sa stratégie dédiée aux énergies marines renouvelables (EMR). Elle y prend acte du potentiel des EMR, et en particulier de celui de l’éolien offshore, pour décarboner la production d’électricité européenne et ainsi atteindre l’objectif de neutralité climatique que l’UE s’est fixé à l’horizon 2050. Elle y note également le leadership européen sur ces technologies (70% des projets EMR dans le monde ont été développés par des entreprises établies dans l’UE). Or ce potentiel est encore inégalement exploité par les différents Etats membres et le secteur fait face à de nombreux obstacles règlementaires et financiers tant au niveau national qu’européen. C’est pourquoi la stratégie de la Commission identifie une série d’objectifs et d’actions (certaines juridiquement contraignantes, d’autres non) afin de débloquer les investissements et de faciliter le déploiement à grande échelle des EMR dans tous les bassins maritimes européens.

Les objectifs de production d’électricité renouvelable à partir d’EMR sont les suivants :

  • Eolien offshore : porter à au moins 60 GW la capacité installée d’éolien offshore dans l’UE d’ici 2030 (contre 12 GW de capacités installées actuellement) puis à 300 GW d’ici 2050 (soit une multiplication par 25 de la production actuelle) ;
  • Energies océaniques (dont l’hydrolien ou l’houlomoteur par exemple) : porter à au moins 100 MW la capacité installée d’énergies océaniques dans l’UE d’ici 2025 (contre une production actuelle de 13,5 MW) puis à 1 GW d’ici 2030 puis à 40 GW d’ici 2050.

Pour atteindre ces cibles, la Commission estime qu’il faudra mobiliser un investissement public et privé total de 800 milliards € d’ici 2050, dont les deux tiers seront consacrés à l’adaptation du réseau électrique européen et un tiers à la génération de cette électricité offshore proprement dite. Pour débloquer ces investissements, la Commission cible d’abord les Etats membres afin d’inciter les autorités nationales à soutenir plus activement ce secteur. Plusieurs des mesures annoncées concernent ainsi en priorité l’échelon national comme par exemple l’incitation des Etats à intégrer les EMR dans leurs plans nationaux de gestion de l’espace maritime ou à mettre en place des mesures nationales de soutien aux technologies émergentes via des tarifs de rachat par exemple. Ceci sera facilité par une meilleure prise en compte des spécificités du secteur des EMR dans les futures lignes directrices européenne relatives aux aides d’Etat à l’énergie et à l’environnement qui sont en cours de révision. Les Etats membres sont également incités à se saisir de la Facilité pour la reprise et la résilience – principal outil financier du plan de relance européen – pour soutenir les investissements dans des projets EMR.

De son côté, la Commission européenne s’appuiera sur la révision du règlement sur les réseaux transeuropéens d’énergie et de la directive européenne sur les énergies renouvelables en 2021 pour adapter le réseau européen d’électricité à la montée en puissance des EMR et assurer leur intégration sur le marché. Pour soutenir les investissements dans des projets innovants et donc plus risqués, la Commission s’engage à mobiliser les financements européens. Le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) pourra ainsi soutenir les projets d’infrastructures énergétiques à dimension européenne. Fondé sur un mécanisme de garantie européen, le fonds InvestEU pourra être utilisé pour faciliter l’accès des projets EMR à des prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de ses institutions financières partenaires. Quant aux projets de recherche, d’innovation et de démonstration, ils pourront être soutenus par Horizon Europe, le programme-cadre européen pour la recherche et l’innovation 2021-2027, et le Fonds d’innovation qui permet d’ores et déjà de cofinancer des grands projets de démonstration de technologies innovantes dans les domaines des énergies renouvelables ou du stockage de l’électricité. Enfin, la Commission encouragera les autorités régionales européennes à développer des programmes de formation et de requalification.

Pour faciliter le dialogue entre tous les acteurs de cette chaîne de valeur, la Commission mettra en place en 2021 un groupe de travail dédié aux EMR au sein du « Forum industriel européen pour l’énergie propre » (qui rassemble les principaux acteurs industriels européens de l’énergie). Une conférence de haut niveau sera également organisée sur ce sujet à Bruxelles en 2021.

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