La Commission européenne a publié sa stratégie pour la neutralité climatique d’ici 2050

Quelques semaines après la publication du dernier rapport du GIEC qui alerte sur les lourdes conséquences d’un réchauffement des températures au-delà de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et sur l’impérieuse nécessité d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la Commission européenne a dévoilé le 28 novembre 2018 sa vision stratégique de long-terme pour atteindre cette neutralité carbone tout en assurant la prospérité de l’économie de l’UE à l’horizon 2050.

Cette stratégie climatique n’a pas pour but de fixer de nouvelles politiques ni de modifier les objectifs climatiques européens existants, fixés en vue de contribuer à l’Accord de Paris. En effet, l’UE s’est déjà dotée d’un cadre énergie-climat qui fixe les objectifs suivants à atteindre pour 2030 :

  1. Diminuer de 40% les émissions de GES par rapport aux niveaux de 1990 ;
  2. Porter à 32% la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen ;
  3. Diminuer de 32,5% la consommation énergétique de l’UE.

La Commission estime cependant que, si rien de plus n’est fait, les outils et politiques actuellement en place pour atteindre ces objectifs ne permettront de réduire que de 60% les émissions de GES de l’UE d’ici 2050, ce qui ne sera pas suffisant pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. L’enjeu est également de maintenir le leadership mondial de l’UE en matière de lutte contre le changement climatique et d’assurer la compétitivité de l’économie européenne dans les domaines clés que sont les énergies renouvelables (dont l’éolien offshore et les énergies océaniques), le stockage de l’énergie (en particulier via l’hydrogène) ou l’économie circulaire.  

Elle a donc décidé d’ouvrir le débat et de proposer en amont de la COP 24 de Katowice une vision stratégique fondée sur 8 scenarii dont elle invite tous les acteurs de l’économie européenne à se saisir et en particulier les Etats membres, qui doivent remettre d’ici la fin de l’année leurs plans d’action nationaux pour l’énergie et le climat dans lesquels ils détailleront les mesures qu’ils comptent prendre pour atteindre les objectifs de 2030.

Ces 8 scenarii reposent sur un socle d’éléments communs :

  • Renforcer l’efficacité énergétique, en particulier dans les bâtiments, via la massification de la rénovation, l’utilisation de technologies intelligentes de gestion de l’habitat et le recours aux énergies alternatives (comme l’hydrogène par exemple) pour le chauffage ;
  • Maximiser l’utilisation des énergies renouvelables et accélérer la décarbonation du secteur de l’énergie ;
  • Développer une mobilité propre, sûre et connectée combinant véhicules électriques et véhicules utilisant des carburants alternatifs ;
  • Fonder la compétitivité de l’industrie européenne sur les principes de l’économie circulaire afin de renforcer l’efficacité dans l’utilisation des ressources et le développement de nouveaux matériaux ;
  • Développer un réseau d’infrastructures intelligentes et interconnectées ;
  • Miser sur la bioéconomie via le développement d’une biomasse durable (pour le chauffage par exemple) et développer le recours aux puits de carbone via la préservation des forêts, des sols et des zones humides européennes.

La part relative de chacun de ces éléments varie ensuite en fonction des scenarii considérés :

  • Les 5 premiers scenarii visent une réduction de 80% des émissions de GES de l’UE en 2050, ce qui correspond à l’option « minimale » (« bien en deçà des 2°C ») de l’Accord de Paris. Ils se fondent respectivement sur 1) l’électrification massive de tous les secteurs économiques ; 2) l’utilisation de l’hydrogène dans l’industrie, les transports et le bâtiment ; 3) la conversion de l’électricité en d’autres formes d’énergie comme l’hydrogène ou le méthane ; 4) la généralisation massive de l’efficacité énergétique dans tous les acteurs d’activité et 5) le développement d’une économie circulaire qui permettra d’économiser les ressources.
  • Le 6e scenario repose sur la combinaison des 5 premiers scenarii et devrait permettre de réduire les émissions de GES de l’UE de 90%.  
  • Seuls les 7e et 8e scenarii permettraient d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et sont ainsi compatibles avec un réchauffement climatique limité à 1,5°C. Ils se fondent tous les deux sur une combinaison des 5 premiers scenarii avec en plus pour le 7e scenario le recours aux technologies de captage et de stockage du CO2, particulièrement dans l’industrie lourde et pour produire de la bioénergie, et pour le 8e scenario le recours massif à l’économie circulaire associée à des changements de comportements drastiques des citoyens européens. 

La Commission ne tranche pas entre ces 8 scenarii. Elle ne fait que souligner les avantages liés à une décarbonation rapide de l’économie européenne, par exemple le renforcement de l’indépendance énergétique de l’UE (et donc la baisse des importations d’énergie fossile) ou les bénéfices pour l’emploi et la santé. La balle est maintenant dans le camp des Etats membres qui devraient évoquer cette stratégie lors du prochain Conseil européen des 13 et 14 décembre 2018 puis lors d’un sommet sur l’avenir de l’Europe à 27 organisé le 9 mai 2019 dans le cadre de la présidence roumaine du Conseil de l’UE.